Né sur le zinc parisien, le 14 juillet 1882 par le génie de Louis Bonnet, l’hebdomadaire L’Auvergnat de Paris, diffusé dans toute la France, a su rester depuis lors un outil familier dans l’environnement des brasseries et restaurants parisiens et ce, en toute indépendance. En voici l'histoire de sa naissance à sa disparition.
1882 – 1913

14 juillet 1882, premier numéro de L'Auvergnat de Paris, journal des émigrants du Centre : "L'Auvergnat de Paris est né, et il est né viable. C'est tout armé qu'il est sorti d'un cerveau têtu d'Auvergnat". Celui d'un Cantalien, né en 1856, à Aurillac : Louis Bonnet est le fils d'un journaliste-imprimeur de la capitale géraldienne, qui comme beaucoup de ses compatriotes, "monte" à Paris pour gagner sa vie. Se lançant dans le journalisme politique, il a, à 26 ans, l'intuition géniale de fédérer le petit peuple auvergnat de Paris, de cette fin du XIXe siècle, les bougnats. Avec comme cri de ralliement : "Tout pour l'Auvergne". Natifs des hautes terres aux confins du Cantal, de l'Aveyron et de la Lozère, d'origine paysanne, avec peu d'instruction et la foi catholique, ils sont assez différents de l'intellectuel citadin et du politicien anticlérical qu'est Louis Bonnet. Mais un même amour de la terre nourricière du Massif central les réunit. Le journal, paraissant tous les vendredis, comporte quatre pages et le lecteur peut découvrir la politique, la littérature, les faits divers, sous la plume de personnalités auvergnates prestigieuses, comme Jules Vallès. Pour un prix d'abonnement à l'année de 3 francs.En 1900, le journal se présente sur quatre pages et il est vendu 15 centimes.
Un réseau de correspondants
Ce qui fait la force et l'âme du journal, c'est le réseau de correspondants de chaque village du Massif central, qui se constitue peu à peu. Chaque semaine, des menus événements sont publiés dans les colonnes : on est au courant de tout, sans quitter Paris. Déjà à l'époque, sept départements sont couverts : l'Aveyron, le Cantal, la Corrèze, la Haute-Loire, le Lot, la Lozère et le Puy de Dôme. Au début, certains se montrent un peu surpris d'être étiquetés "auvergnats", mais très vite, ils en sont fiers.
Chaque village crée son amicale
L'ambition de Louis Bonnet est également de défendre les Auvergnats de Paris, les grouper, et s'adjoindre le concours des notables établis, d'origine auvergnate. Et le mouvement auvergnat se structure sous son impulsion : syndicats professionnels, sociétés de secours mutuel, cercle littéraire, amicales. Chaque canton ou même village du Massif central créé la sienne à Paris ; des amicales voient également le jour en banlieue, par localité. Des groupes folkloriques s'organisent. Et en 1886, Louis Bonnet coiffe le tout par la Ligue auvergnate et du Massif central. Toujours dynamique et à l'origine d'une grande soirée de gala chaque année, en décembre : la nuit Arverne, où l'élection des Pastourelles apparaît comme point d'orgue à cette grande fête conviviale.
Les fameux trains Bonnet
Il faut dire que Louis Bonnet est un homme à la force de travail sans commune mesure : outre la rédaction, il arpente Paris, à pied d'abord, puis en fiacre, collectant des abonnements et participant activement à toute la vie de la communauté auvergnate.

C'est le 21 juin 1904 que circula le premier « train Bonnet », du nom de Louis Bonnet. Jusqu'en 1939, ils conduisent, à prix réduit, chaque printemps et chaque été, des compatriotes au pays. Une ambiance toute particulière règne dans ces wagons, comme il se doit entre Auvergnats : cabrette et casse-croûte, on danse la bourrée sur le quai, à chaque arrêt. Les joueurs de cabrette qui animent le voyage bénéficient de la gratuité.
Par exemple, en 1906 : pour Brive : 32 F ; pour Figeac : 32 F ; pour Rodez : 37 F ou pour Le Lioran : 32 F.
Ce grand homme providentiel pour la communauté auvergnate s'éteint en 1913 : une foule immense a suivi son cercueil de la Bastille au cimetière du Père-Lachaise. Une rue du XIe arrondissement porte aujourd'hui son nom... au coeur de la "petite Auvergne"...
1913 – 1940
C'est son fils, Louis Bonnet, qui prend sa succession et s'occupe du journal. Avec la guerre de 1914 - 1918, le nouveau directeur, beaucoup d'abonnés et de correspondants sont mobilisés. La survie de l'hebdomadaire s'organise grâce à l'appui et au travail de la veuve du fondateur.
La pagination se réduit à deux pages. C'est à cette époque que les préoccupations des petits commerçants et notamment celles de leurs femmes qui tenaient la boutique pendant que lerus époux étaient sur le front, prennent une grande importance dans les pages de L'Auvergnat : pénurie de marchandises, blocage des prix... Mais surtout, le journal relate à la une, sous le titre "Guerre", les événements et donne la liste des Auvergnats, morts au front.
L'âge d'or
De 1919 à 1939, c'est l'âge d'or pour L'Auvergnat de Paris... L'histoire locale de toute une région se raconte au fil des nouvelles locales, très détaillées, grâce au dévouement des correspondants. Les rubriques de petites annonces concernant les offres d'emploi, les ventes de fonds de commerce... jouent un rôle important dans la vie économique de Paris et de l'Auvergne.
Sur les dix pages grand format que compte le journal, on trouve évidemment les locales, des articles d'actualités en Une, des articles concernant les métiers de cafés-hôtels-restaurants. De ces petits commerçants, L'Auvergnat se pose en ardent défenseur, étant donné la conjoncture de l'époque, faite d'inflation et même de criseéconomique, comme celle de 1929. La dernière page du journal se consacre au "Massif central, revue régionaliste hebdomadaire, littéraire, économique et touristique", où des érudits locaux présentent leurs dernières recherches.
Et le journal ne manque pas de saluer l'accession de personnalités, originaires du Massif central à des fonctions élevées dans la vie politique ou publique : à l'Elysée, à la Présidence du Conseil, à l'Hôtel de Ville, au Palais de Justice ou à l'Archevêché de Paris.
Création de la Bourrée de Paris
Créée en 1925 par Louis Bonnet, le compositeur Joseph Canteloube et le poète Camille Gandilhon Gens-d'Armes, "La Bourrée de Paris" a pour but de contribuer au maintien, au développement, à la mise en valeur et à la conservation du patrimoine artistique du Massif Central en matière de danses et de chants. A cette fin, elle dispose d'un corps de ballet et d'une chorale composés avec d'originaires des sept départements. Allez sur le site...
Paris honore Louis Bonnet
Une rue Louis Bonnet fut inaugurée en 1927 dans le XIe arrondissement.
- Visionner la rue Louis Bonnet à paris aves google maps
1940 – 1945
Comme beaucoup de journaux à l'époque L'Auvergnat de Paris cesse de paraître pendant la deuxième guerre mondiale.
1945 – 1979
Il renaît en 1945 et retrouve assez rapidement son rayonnement d'avant guerre. C'est Louis Bonnet, troisième du nom qui tient la barre à partir de 1952, son père étant décédé. Le journal garde son essence première, avec ses nouvelles locales, les compte rendu de la vie amicaliste. Le journal se présente sur 30 pages environ, avec un tirage de 17.780 exemplaires.
il devient aussi secrétaire général, puis président de la ligue auvergnate de 1953 à 1980
1980 – 1998
En 1981, pour différentes raisons liées à des dissensions au sein de l'Auvergnat de Paris, Louis Bonnet ne se présente pas à la présidence de la Ligue Auvergnate et cette année-là se passe sans Nuit Arverne. C'est Daniel Rouira-Bonnet qui prend la direction du journal faisant de lui une tribune de l'actualité locale.
Raymond Trébuchon prend les rênes de la Ligue Auvergnate en tant que président, il est toujours en place en 2010, mais c'est la dernière année voir son annonce.
C'est à partir de cet évènement que la Ligue Auvergnate prend une certaine indépendance par rapport au journal.
« L'Auvergnat de Paris » passe du rouge au vert

Extrait : Une institution. Un signe de ralliement. Un titre aperçu au coin d'un zinc. Gérard Oury en a fait un gag, en montrant un Black, accoudé au comptoir, plongé dans la lecture de L'Auvergnat de Paris. Ceux qui ne l'ont jamais lu en ont entendu parler. Un cas unique et centenaire d'un journal de communauté. Il pourrait y avoir Le Breton de Paris, L'Ardéchois de la capitale, Le Savoyard urbain, il n'y a que L'Auvergnat de Paris. Le journal est né en 1882, un 14 juillet 1882, signe de son républicanisme farouche. Son fondateur, Louis Bonnet, est un ami de Jules Vallès.
Source : Le Monde
Article publié le 24 Décembre 1998 par Alain Salles
2004
Propriété depuis dix ans de l'homme d'affaire auvergnat Gilles Barissat, "L'Auvergnat de Paris", qui tire à 15.000 exemplaires, était devenu en 2004 un organe de la presse professionnelle pour les cafés, hôtels et restaurants. Il avait pris le titre de "CHR (Cafés, hôtels, restaurants)- L'Auvergnat de Paris", les informations régionales destinées aux Auvergnats résidant à Paris passant au second plan.
2008
Racheté en juillet 2008 par la SARL Bistrots et Comptoirs de Paris.
L'hebdomadaire "L'Auvergnat de Paris", fondé le 14 juillet 1882 par Louis Bonnet et qui se présente comme "l'un des plus vieux hebdomadaires de France", cherche un repreneur après avoir été mis en liquidation.
L'hebdomadaire, qui titre à la une de son édition publiée le 23 mai "CHR l'Auvergnat de Paris à la recherche d'un second souffle", a obtenu du tribunal un délai pour trouver un repreneur. Voir la vidéo
2009
Le mythique journal l'Auvergnat de Paris à déposé le bilan, le 16 juillet 2009, devant faire face à de graves difficultés financières et n'ayant pas trouvé de nouveau repreneur pour le titre, il a été mis en liquidation judiciaire le 6 août 2009 par le tribunal de commerce de Paris. La fin d'une grande aventure significative d'un changement dans la communeauté auvergnate à Paris, adieu l'ami...
15 octobre 2009
Rebondissement : Le Groupe MBC - éditeur de la Lettre CHR-CHD, Décision Boissons, La Revue des Comptoirs et ses suppléments Le Shaker, Tendances et Carnets de Bar - est, depuis le 15 octobre, propriétaire de l'hebdomadaire l'Auvergnat de Paris. La reprise de la parution est fixée au 5 novembre 2009, avec un retour dans les kiosques.
Lien
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Commentaires
M. Louis Bonnet doit se retourner dans sa tombe en voyant ce qu'est devenu son oeuvre. Mon sentiment, plutôt le dépit et la lassitude.
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